Mercredi 10 décembre 2008


La lecture d’un article de Denis Guénoun dans son dernier livre Actions et acteurs m’a mis la puce à l’oreille. J’ai notamment retenu ces phrases : « (…) ce qui peut venir au théâtre lui viendra du dehors : comme tout ce qui peut arriver, à quelque chose que ce soit, à quiconque. Ce qui arrive vient d’ailleurs. Ce qui arrivera au théâtre viendra d’ailleurs que de lui. Le théâtre n’est pas ce monstre qui se nourrirait de ses propres entrailles.».

 

 

Autrement dit, le théâtre n’évoluera pas en se refermant sur lui-même, en défendant sa propre identité d’une manière autarcique. Lorsque je suis intervenu en 2005 (je crois) dans le cadre de la formation professionnelle continue des Professeurs des Conservatoires de la Ville de Paris, j’ai proposé un stage de formation sur l’écriture collective pluridisciplinaire. L’idée était de trouver un langage commun à ces disciplines : théâtre, danse, musique tout en respectant la spécificité de chaque langage. Si de nombreux professeurs de danse et de musique étaient très intéressés et ont participé, aucun professeur de théâtre n’a participé à la formation. Est-ce là une tendance des gens de théâtre que Guénoun a bien décrit ? « Une sorte d’auto-célébration du théâtre par lui-même aboutit à le couler dans ses voies de mort. Nous n’avons rien à attendre de l’identité-théâtre, du théâtre-même, du théâtre-narcisse qui se mire et s’admire dans les figures de son moi. ».

Plus loin encore il écrit : « Le théâtre n’est pas pour le théâtre, pas plus que l’art pour l’art : il se nourrira du non-théâtre, il lui viendra du non-théâtre».

Il y a donc à mon avis un problème dès lors que les gens de théâtre ne sont pas à l’écoute du dehors, de ce qui les entoure. Ce n’est heureusement pas le cas pour tous. Mais en France les vives réactions provoquées par la programmation du Festival d’Avignon en 2005 témoignent de ce refus d’ouverture.

Par la force des choses, les plus traditionnalistes ont dû admettre qu’il fallait faire entrer d’autres disciplines dans la formation du comédien : danse, chant, tai chi chuan etc. Cela a fini par convaincre tout le monde.

Mais plus largement, il faut rester ouvert, développer une écoute attentive à tout ce qui n’est pas théâtre afin de faire évoluer le théâtre lui-même.

J'ajouterai à l’article de Denis Guénoun cette remarque : le théâtre est par essence un art du dehors. C’est pourquoi toute tentative de le replier sur ses seules ressources l’appauvrit. Fondamentalement, c’est un art de la parole, intimement lié à la littérature. Les tragédies sont nées en Grèce à l’époque des concours d’auteurs et il y a là un lien étroit et historique de collaboration entre auteurs et gens de théâtre. Rien de plus différent que la littérature et le théâtre et pourtant c’est dans ce mariage mixte que naît l’art dramatique. Il y a donc déjà dans la pratique théâtrale, un travail collectif d’interprétation, d’identification, de construction sur une matière née dans la solitude créatrice d’un auteur qu’est une œuvre littéraire. Il y a déjà une étrangère dans la maison.

 

Par Eric - Publié dans : Esthétique théâtrale - Communauté : Theatres
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