Dans la série "Nostalgie" et "j'écris mes mémoires".
C'est le titre d'un spectacle créé en 2003 et re-joué à Berlin en 2006. Avec David Lakein et moi-même.
C'était un spectacle interactif qui explorait les ratés de toute représentation théâtrale et qui mettait en scène deux ratés, deux fous furieux, l'un blanc, l'autre Auguste, deux clowns du décalage.
Le titre est un hommage à l'étoile montante de la danse contemporaine snob et au mari de Yoko Ohno qui était dit-il lui-même un "jealous guy", chanson qui nous plaisait.
A Lyon, le public arrivait au théâtre et les acteurs n'étaient pas prêts. Ils invitaient alors le public dans leur appartement (en fait, un appartement au 5ème étage au-dessus du théâtre) et là le public patientait, un peu étonné de se retrouver dans l'intimité de Boris et John. Tandis que John prenait une douche en chantant, Boris regardait la télévision et servait du thé au public.
Puis représentations au Festival de Ponderosa entre Allemagne et Pologne.
Et enfin... représentations au Ballhaus theater à Berlin, dans le quartier turc. Un théâtre étonnant tout de blanc vêtu, une ancienne salle de bal de la ville qui résonnait encore des pas des danseurs.
A Berlin, John arrivait en retard parce qu'il était resté trop longtemps à la synagogue tandis que Boris (c'était moi), le soir suivant, arrivait en retard parce qu'il passait son temps sur internet.
Voici la lettre d'excuse de Boris que John lisait en allemand au public :
Cher John,
Je t’écris ce petit mot pour te dire que je vais probablement être un petit peu en retard ce soir pour le début du spectacle. J’espère que tu ne m’en voudras
pas mais je viens juste de retrouver ma carte de connexion au Global Internet Café. Il me reste trois heures de jouissance d’internet dessus ! Comme il est 17h11 il se peut que j’arrive un peu un
retard à l’expiration de ces trois heures de Bonheur absolu.
Le temps de finir cette lettre et le temps de faire l’aller-retour, et je serai avec toi en chair et en os pour commencer le spectacle. Je suis sûr que tu sauras mettre à profit tes kilo octets
de créativité pour occuper le public avec un playful show.
Je ressens sais-tu un appel très puissant vers l’écran d’ordinateur the call of the Windows blue screen you know…
Comme le marin a besoin de la mer, l’amoureux de sa Belle, l’ivrogne de sa bouteille, le strip teaser du strass et des regards libidineux, j’ai besoin de mon clavier et de ma beloved mouse.
Je veux me retrouver dans cet espace temps où le temps n’existe pas, où tout est à portée de main et tout disponible à la seconde. Les cerveaux dans cette Verklichkleit sont comme connectés par United Network of Huge Thoughts en Wi-fi. Je fais partie d’une communauté virtuelle où j’ai tout plein d’amis qui durent le temps d’une connexion, d’un e-chat… Rien pas même les corps ne ralentit le débit de ces échanges sur-humains.
Voilà donc le Dasein de ton ami Boris, imagine le dans son café au milieu de ces ordinateurs si beaux, si parfaits et au ronflement charmant. Toute cette communauté virtuelle me manque tellement ; je ne peux pas m’en passer.
Il faut que j’arrête là cette missive si je ne veux pas être encore plus en retard, mais j’espère que tu ne m’en voudras pas mon ami et que tu sauras être compréhensif avec ton ami.
Je t’embrasse John, à tout à l’heure.
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